6:54 am - 4 mars, 2026
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Regrouper les acteurs du secteur en une seule famille, lutter contre le racket routier, moderniser le parc automobile et restaurer la confiance dans le système d’assurance, la Maison des Transporteurs de Côte d’Ivoire (MTCI) dresse le bilan de son action et interpelle les pouvoirs publics.

Son président, Soumahoro Mamadou, également sociétaire de la Mutuelle d’Assurance des Taxis-Compteurs d’Abidjan (MATCA), revient sur les priorités et les combats de la faîtière. Entre dénonciation des dysfonctionnements au sein de la MATCA, plaidoyer pour une réduction des amendes liées à la vidéo-verbalisation et proposition d’un fonds de garantie automobile, l’organisation trace les contours d’une réforme du secteur des transports en Côte d’Ivoire.

Pouvez-vous rappeler la mission principale de la Maison des Transporteurs ?

La mission principale de la Maison des Transporteurs, aujourd’hui, est de regrouper les transporteurs pour former une seule et grande famille. Nous luttons contre les tracasseries et le racket sur nos routes.

Nous œuvrons à la formation des conducteurs et des transporteurs, au renforcement des partenariats avec les instances nationales et internationales, ainsi qu’à la mise en place, à long terme, de projets de logements sociaux pour les transporteurs, conducteurs et auxiliaires du transport. Nous envisageons la construction de gares modernes.

Quel bilan faites-vous de votre action depuis votre prise de fonction ?

Notre bilan s’étend sur plusieurs aspects.

Concernant le renouvellement du parc automobile, nous avons pu obtenir environ 100 véhicules pour nos transporteurs à moindre coût, selon le principe du « travail payé ». Malgré des moyens financiers limités, grâce à des partenaires à l’étranger, nous avons amorcé un renouvellement du parc. Nous avons soutenu plusieurs acteurs du transport en grande difficulté, notamment des cas de maladies graves et d’accidents. Sur le plan de la formation, nous avons formé des centaines de conducteurs et de transporteurs afin de promouvoir un transport plus professionnel et plus sûr.

Quels sont aujourd’hui les principaux chantiers prioritaires de votre institution ?

Notre cheval de bataille reste la lutte contre le racket. Nous avons mené de nombreuses actions dans ce sens, ce qui nous vaut parfois d’être mal perçus par certains acteurs liés à ces pratiques mafieuses.

Aujourd’hui, le transporteur ne fait que payer. N’importe qui l’arrête sur la route pour prélever de l’argent, sans que l’on sache réellement où vont ces fonds.

Selon nos estimations, le racket dans le secteur du transport représenterait entre 200 et 500 millions de FCFA prélevés chaque jour.

La crise au sein de la MATCA a profondément marqué le secteur. Quel est votre regard sur cette situation ?

Concernant la crise à la MATCA, nous estimons qu’elle a été fabriquée par certains agents du ministère de l’Économie  et des Finances et du Budget de Côte d’Ivoire. De 2014 à 2025, la gestion s’est faite sans élection ni passation de charges régulière. À l’époque, plus de 28 000 taxis-compteurs cotisaient au minimum 40 500 FCFA par mois. Cela représentait plus d’un milliard de FCFA mensuels. Nous voulons savoir ce qui a été fait de ces fonds.

Les transporteurs se sentent-ils suffisamment protégés aujourd’hui en matière d’assurance ?

Les sinistres sont payés, mais avec beaucoup de difficultés. De nombreux dossiers restent en attente depuis plusieurs années.

Quelles solutions proposez-vous pour restaurer la confiance entre les transporteurs et la MATCA ?

Nous proposons la création d’une mutuelle générale des transporteurs de Côte d’Ivoire qui assurerait tous les véhicules de transport public. Après paiement des sinistres et des charges, une partie des fonds pourrait servir de garantie bancaire afin de faciliter l’accès au crédit. Si nous collectons, par exemple, 50 millions de FCFA par jour, cela représente 1,5 milliard par mois et près de 15 milliards par an. Avec un tel dépôt, les banques pourraient financer massivement le renouvellement du parc.

Selon vous, la vidéo-verbalisation contribue-t-elle réellement à améliorer la sécurité routière, ou représente-t-elle une charge supplémentaire pour les transporteurs déjà en difficulté ?

Nous ne sommes pas contre la vidéo-verbalisation. Dans tous les pays développés ou émergents, cela existe.

Cependant, nous demandons une réduction des amendes pour les transporteurs publics, de l’ordre de 30 à 40 %, car nous sommes sur la route 24h/24, 7j/7, 365 jours par an. Nous sommes les premiers exposés.

Si vous respectez le Code de la route, vous n’êtes pas sanctionné. Mais étant constamment sur la route, nous sommes statistiquement plus susceptibles d’être verbalisés. Nous lançons donc un appel à l’État et à l’entreprise Quipux Afrique pour accompagner les transporteurs en procédant à une réduction des amendes.

Les tracasseries routières sont régulièrement dénoncées. La situation a-t-elle évolué ?

Le racket n’a pas diminué, au contraire, il a augmenté. Il est faux de penser que seules les forces de l’ordre sont responsables. Il existe également de faux syndicats et d’autres acteurs impliqués dans ces pratiques. La lutte contre le racket doit être globale et impliquer toutes les parties prenantes.

Êtes-vous satisfait des politiques publiques mises en place pour soutenir le secteur ?

À l’arrivée du Président Alassane Ouattara, des initiatives ont été lancées en faveur des transporteurs. Même si certains projets pilotes n’ont pas abouti, il faut aujourd’hui tirer les leçons de ces expériences.

Quelles réformes urgentes recommandez-vous pour moderniser le transport en Côte d’Ivoire ?

Nous proposons la mise en place d’un fonds de garantie automobile dédié au renouvellement du parc national.

Ce dispositif reposerait sur un mécanisme de parafiscalité structuré, permettant de canaliser et d’optimiser les ressources déjà collectées sur le terrain afin d’instaurer un véritable système d’autofinancement.

L’État ne peut, à lui seul, mobiliser des milliards de francs CFA pour renouveler entre 300 000 et 500 000 véhicules. Il est donc impératif que le secteur s’organise pour assurer son propre financement, sous l’encadrement et la supervision du ministère des Transports et du ministère de l’Économie et des Finances et du Budget de Côte d’Ivoire, afin de garantir la transparence.

 

 

 

Interview réalisée par Ly Abdul

 




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