Reportage exclusif dans le sous quartier Zimbabwé à Port-Bouët, visé par un déguerpissement déjà annoncé et plus ou moins inévitable. Un déguerpissement dont les populations ont été averties, et qui a été peut-être suspendu du fait de l’imminence de la rentrée scolaire. L’occasion peut être saisie pour trouver des solutions alternatives d’aménagement pour les populations concernées.
Situé dans la commune de Port-Bouët, en bordure de la lagune, le sous-quartier Vridi-3, communément appelé « Zimbabwé », nous accueille les jeudi 15 et vendredi 16 août 2024. Lors de notre séjour de 24 heures, nous avons observé une population submergée par l’angoisse, craignant de subir le même sort que les habitants du quartier Abattoir, également dans la même commune, déguerpis du site en juin 2024. En effet, depuis 2016, les habitants de Zimbabwé ont reçu une mise en demeure du ministère de l’Assainissement et de la Salubrité urbaine, leur ordonnant de quitter le secteur.
Ainsi après la destruction récente de plusieurs zones à risque dans le district autonome d’Abidjan, les riverains de Zimbabwé ont désormais le sommeil troublé. Chronique d’un déguerpissement déjà annoncé, attendu, redouté et suscitant angoisse, ainsi que des réactions variées et diverses des populations sur place, ainsi que des acteurs politiques.
Une nuit à Zimbabwé
En arrivant dans cet endroit peuplé d’environ 40 000 âmes, le premier inconnu que nous accostons nous conduit à l’auberge la plus convenable de la cité, située à quelque 200 mètres de la berge, où nous choisissons de passer la nuit.
Après avoir réglé les modalités avec Hervé le gérant de l’hôtel, nous visitons le quartier à pied. La bordure de la lagune, où des femmes fument du poisson, dégage d’épaisses fumées qui attirent notre attention.
Des baraques et des drapeaux sur la première destination des pêcheurs
Repoussés par ces émanations, nous rebroussons cependant chemin avant de nous engager dans de nouvelles artères de Vridi-3, qui nous ramènent à nouveau aux bords de la lagune. Là, nous apercevons deux grandes barques, décorées de drapeaux ivoiriens, français… flottant au-dessus, affrétées pour la pêche traditionnelle. Les membres d’équipage, des pêcheurs ghanéens, ont accosté pour charger leurs cargaisons, principalement composées de cartons de poissons fumés.
Plus tard, nous apprenons que Zimbabwé est la première destination pour la pêche artisanale en Côte d’Ivoire. Ces poissons fumés, distribués par des grossistes et des petits détaillants, sont vendus sur tous les grands marchés du district autonome d’Abidjan, à l’intérieur du pays, et parfois même à l’étranger, où la diaspora ivoirienne en raffole.
Après une balade de près de deux heures, avec quelques prises de vue, nous avons une meilleure idée du quotidien des riverains et des infrastructures locales, dont le centre de santé communautaire et les écoles primaire et coranique. Nous nous arrêtons pour une petite pause dans un espace public afin de nous désaltérer.
Accosté par des jeunes
C’est à ce moment précis, contre toute attente, que nous sommes encerclés par des jeunes. « Bonjour Chao ! Qu’est-ce que tu fais dans notre quartier ? On t’a vu te promener partout et aussi prendre des photos », nous lance l’un d’eux, Samo Sidibé. Cette interpellation soudaine donne lieu à une série de présentations, et la rencontre se transforme en échanges cordiaux. Dès lors, les murs de méfiance brisés, les discussions se déroulent sans filtres pendant les 24 heures qui suivent. Samo Sidibé, 26 ans, est né et a grandi dans ce quartier, tout comme son père. Sa grand-mère, qui est décédée récemment à l’âge de 102 ans, fait partie des premières personnes à avoir campé sur ce site, et à avoir construit ce « village » au début des années 1960. À l’époque, ce lieu, surnommé « la pointe des fumeurs », était jonché de broussailles et de poubelles à ciel ouvert, pour des usines voisines. Il était considéré comme une « zone à risque », donc inhospitalière.
60 ans après …
Plus de soixante ans plus tard, les choses ont changé avec la construction d’infrastructures étatiques à Vridi-3. Considéré comme une « presqu’île », Zimbabwé possède une seule entrée et une seule sortie terrestre, les autres voies d’accès étant lagunaires.
« Ici, une personne étrangère est vite repérée dès qu’elle met les pieds dans le quartier. Tout ceci pour des raisons sécuritaires. Tout le monde se connaît ici, donc pas de violence, chacun est le gardien de son voisin. Dès que vous êtes arrivé ici, nous avons tout de suite su que vous étiez un étranger, donc vous étiez suivi. On vous a vu un peu partout prendre des photos », explique Samo Sidibé. Cette sécurité de proximité, renforcée par les fréquentes patrouilles de police, rassure les habitants et les nombreux commerçants, généralement des femmes, qui viennent quotidiennement se procurer du poisson transformé qu’elles écoulent sur les marchés d’Abidjan, de l’intérieur du pays, et même à l’étranger. En moyenne, 700 pirogues accostent chaque jour. Les embarcations sont ravitaillées en carburant par trois stations d’essence, ce qui témoigne de la vivacité des activités économiques à Vridi-3.
Ces activités sont soutenues par une grande diversité démographique, composée d’Ivoiriens, de Maliens, de Burkinabé, de Nigériens, de Ghanéens, de Nigérians, de Togolais, entre autres. En raison de la proximité naturelle avec la zone portuaire de la commune, les sous-quartiers comme Zimbabwé et Vridi-Canal constituent des viviers pour la main-d’œuvre de la zone industrielle de Vridi (Port-Bouët), la troisième zone industrielle du pays, ex æquo avec celle de Koumassi, avec une superficie de 120 hectares chacune, après les zones industrielles d’Akoupé-Zeudji PK24, avec 940 hectares, et de Yopougon, avec 620 hectares.
Une zone à risques à déguerpir
L’idée de raser le quartier pour « occupation anarchique ne respectant pas les normes de la réglementation en matière d’urbanisation et d’habitat », selon le District autonome d’Abidjan, est perçue avec inquiétude par les jeunes rencontrés et leurs familles.
Cette politique de déguerpissement et de démolition est pour eux, un retour à la case départ. Ils mettent en avant le fait que le sous quartiers Zimbabwé a bénéficié de certains avantages publics, ce qui ne permet pas de penser que le site va être rayé, ou déguerpis. Zimbabwé a notamment bénéficié de l’adduction en eau potable et de compteurs électriques à carte pour faciliter le bien-être des habitants.
Quel sort pour les enfants scolarisés
À l’approche de la rentrée scolaire 2024-2025, des parents sont plongés dans l’incertitude, avec trois écoles primaires publiques (EPP Vridi 3 A, EPP Vridi 3B et EPP Municipalité), pour un total de 1 500 élèves, selon plusieurs témoignages. L’éducation maternelle compte 308 enfants, et compte 250 élèves pour l’école coranique. Des écoles anglophones regroupent 8 000 élèves, selon des chiffres recueillis.
Profils divers et variés
Si Gnazalé Gohou De-Marcel, 32 ans, titulaire d’un Bac+2 avec un BTS en Finance et Comptabilité, et Bouabré Gérard, 33 ans, plongeur en eaux profondes, ancien contractuel à l’Aqua Services Maritimes (ASM), aujourd’hui à la recherche d’emploi et ont des qualifications, tel n’est pas le cas pour la plupart des jeunes de Zimbabwé.
Samo Sidibé traduit ce sentiment en ces termes : « Ici, nous nous débrouillons. Nous faisons tout ce qui nous tombe sous la main, mais de manière honnête. Nous sommes nés dans ce quartier où nous avons grandi et connu l’argent. Il n’y a pas de sot métier. Nous faisons tous les travaux qui nous tombent sous le bras. Avant c’était bon pour mes parents, mais aujourd’hui, ils n’ont plus de moyens. C’est difficile. Et comme je suis l’aîné de ma famille, tout pèse sur moi. Souvent, nous lavons les pirogues et, parfois, nous nous rendons au port dans l’espoir d’obtenir des contrats avec des sociétés, principalement de négoce de café et de cacao, pour faire de petits boulots. Il arrive que nous nettoyions la bordure de la lagune où les pirogues accostent, et les propriétaires de ces pirogues peuvent nous donner quelques poissons que nous nous partageons. Chacun en fait ce qu’il veut. Soit on les vend, soit on les emporte à la maison pour la consommation. Nous supplions donc le gouvernement de renoncer à raser ce quartier, car nous ne saurions où aller. J’ai bien peur que cela pousse certains jeunes à la délinquance et à d’autres comportements déplorables. Il sera difficile de voir nos parents dormir sur les ruines de nos maisons détruites, exposés aux intempéries. » Face à cette inquiétude, des familles issues de la communauté ghanéenne ont déjà plié bagage, retournant dans leur pays d’origine.
Un manque d’information de la part des officiels et refus du débat public
Malgré ces départs d’habitants, Saïdou Traoré, PCA du Centre de santé de Zimbabwé, affirme pourtant manquer d’informations : « Nous n’avons reçu aucune nouvelle du District, du ministère de la Salubrité, ni même de la Mairie. Tous nos courriers visant à connaître l’état d’avancement du projet de déguerpissement sont restés sans réponse. Nous sommes dans le flou ». À la mairie de Port-Bouët, le Directeur de Cabinet, Fulbert Loukougnan avait promis de répondre à nos préoccupations. Il a ensuite promis de nous confier à un conseiller du maire. Une semaine plus tard, silence radio. Au District Autonome d’Abidjan, le directeur de communication nous a orientés vers Monsieur Boua, Directeur Général des Services Techniques, responsable de ce type de dossier. Nos appels et messages sont restés sans réponse. Même situation au ministère de la Construction, du Logement et de l’Urbanisme, où l’interlocuteur désigné était annoncé en mission à l’étranger. Alors que le déguerpissement est attendu et annoncé, l’imminence de la rentrée scolaire a-t-il conduit les parties prenantes à le reporter, accordant un sursis aux populations de « Zimbabwéenne » de Port-Bouët en Côte d’Ivoire.
L’appel des habitants à une réévaluation de la décision
Pendant ce temps , des habitants de Zimbabwé appellent à une réévaluation de la décision de déguerpissement et à la recherche de solutions alternatives tenant compte de leur bien-être et des impacts sur l’économie locale.
Président des jeunes du quartier Zimbabwe, Diarrassouba Issiaka a mis en avant les implications sociales et économiques de la question. « Le déguerpissement peut être perçu comme une opportunité pour l’État, mais pour nous, les habitants, cela représente une menace. Nous vivons en harmonie et avons construit nos vies ici. Nous demandons une prise en compte des conséquences humaines et économiques de cette décision », a-t-il affirmé. Il a exprimé l’inquiétude des populations, expliquant que le déguerpissement annoncé crée déjà une psychose chez les habitants. « Pour nous, la population, cela ne nous arrange pas car nous sommes des milliers dans ce quartier. Nous sommes inquiets vu notre nombre. Nous nous demandons, si cela arrive, où irons-nous ? Quel sera l’avenir des enfants ? Nul ne peut s’opposer à la loi ou à l’État. Nous sommes sous la protection de l’État. L’État peut faire ce qu’il souhaite. Mais qu’allons-nous devenir après le déguerpissement ? Devrons-nous retourner en famille, alors que c’est déjà difficile pour nos parents ? » s’interroge-t-il.
Le District Autonome d’Abidjan, pour justifier le déguerpissement de Zimbabwé, a évoqué l’occupation anarchique du site et a estimé que c’est une zone à risque. Pour le président des jeunes, ces raisons ne sont pas suffisantes pour les déguerpir . « Depuis que nous vivons ici, nous n’avons jamais vu d’inondation due à la montée des eaux de pluie ou de la marée haute. Quand il pleut, l’eau ruisselle vers la lagune. Nous payons nos redevances à travers les factures de la Sodeci et de la CEI. Mais le seul problème est que nous n’avons pas de barque à ordures. Les déchets que nous produisons sont parfois jetés dans la lagune. Pour résoudre ce problème, nous avons approché la mairie de Port-Bouët afin qu’elle nous aide à assainir le quartier. Mais notre demande est restée sans suite. Pourtant, nous avons mis en place une équipe locale chargée de la salubrité du quartier. Pour répondre à nos besoins en matière de salubrité, il faudrait plusieurs véhicules de ramassage d’ordures par semaine », explique Diarrassouba Issiaka.
Des vies bouleversées
Ouédjé Francesca Denise, restauratrice et mère de six enfants, a exprimé son inquiétude : « Nous avons des enfants qui vont à l’école, et grâce à notre activité de pêche et de transformation du poisson, nous parvenons à subvenir à nos besoins. Si le gouvernement détruit notre quartier, nous ne savons pas où aller ni comment continuer à nourrir nos familles. Nous demandons pardon aux autorités pour qu’elles nous permettent de rester ici et de poursuivre notre activité. »Koffi Emmanuel, pêcheur depuis plus de 20 ans, a affirmé que la fermeture des quartiers comme Zimbabwe pourrait aggraver les pénuries de poisson. Ils affirment qu’ils ravitaillent des villes comme San Pedro, Bouaké, Tabou, etc. « Si le quartier est détruit, non seulement notre commerce sera affecté, mais cela entraînera également des difficultés d’approvisionnement pour de nombreuses localités », a-t-il estimé. Pour Ouattara Adja, commerçante de poissons, démolir Zimbabwé verrait tout son commerce réduit à néant : « C’est ici à Zimbabwé que nous avons trouvé le bonheur. Nous parvenons à nous en sortir. J’ai trouvé mon bonheur ici, et je ne pense pas pouvoir m’en sortir ailleurs dans d’autres activités. Si les Ghanéens retournent dans leur pays, je partirai également, car ce sera trop difficile pour moi. J’ai commencé le commerce de poissons avec 2 000 francs CFA. Aujourd’hui, j’arrive à m’en sortir. Si je dois retourner au village, ce sera compliqué. Je demande pardon au président Ouattara de nous laisser travailler », a-t-elle plaidé les larmes aux yeux.
Alerte sur l’impact économique et social
Kouassi Akouba Mariette, vendeuse de poisson, a exprimé ses craintes face à une éventuelle perte de son lieu de travail : « Si le quartier est détruit, nous ne savons pas comment nous allons gérer la situation. Nos activités sont directement liées à cet endroit. Même si nous sommes relogés ailleurs, l’absence d’infrastructures pour notre activité compliquera la situation. Nous demandons à l’État de trouver une solution pour nous permettre de continuer à contribuer à l’économie locale. » Akou Ekoua Martine, vendeuse d’”adjuevan”, a ajouté que la destruction de Zimbabwe nuira à leurs familles : « Nous risquons de perdre nos moyens de subsistance, ce qui pourrait également affecter l’éducation de nos enfants. Nous implorons les autorités de reconsidérer leur décision. » Kossan Kouao Roger, distributeur et commerçant de carburant, exerce ce métier depuis plus d’une décennie. Il est chargé de ravitailler les piroguiers et pêcheurs qui repartent en mer pour leur activité. « Cette station d’essence appartient à une coopérative de pêcheurs. Lorsque nous avons appris que Zimbabwé allait être rasé, nous avons été profondément attristés, car cela mettrait fin à nos activités. Zimbabwe ravitaille le marché d’Abidjan et d’autres villes ivoiriennes en poisson. Nous prions les autorités de nous laisser travailler. Nous sommes tous nés et avons grandi ici. Si aujourd’hui, on détruit Zimbabwé, nous ne saurons où aller », a-t-il déclaré au nom des pêcheurs.
De son côté, N’Guessan Aya Sabine, présidente des Mareyeuses et Transformatrices de Vridi 3, a lancé un appel pour une solution qui préserverait les activités de pêche : « Nous avons besoin d’un espace où nous pourrons continuer nos activités. La destruction du quartier pourrait entraîner une hausse des prix du poisson et affecter les populations. Nous implorons les autorités de trouver une solution pour maintenir une partie du quartier ou nous fournir un autre espace adapté.»
Le plaidoyer des leaders communautaires
Saîdou Traoré, PCA du Centre de santé, a déclaré : « À l’heure qu’il est, nous sommes sans nouvelles du District, du ministère de la Salubrité, et même de la Mairie. »
« Je suis le président du Collectif mis en place pour servir de courroie de transmission entre la population et les autorités dans le cadre de l’opération de déguerpissement annoncée. Le 18 juillet 2024, nous avons été convoqués par le Commissaire du District autonome d’Abidjan, M. Pierre Gondo, dans les locaux du Commissariat de police du 25e arrondissement de Vridi. Accompagnés des chefs de communauté et des chefs religieux, nous avons été informés que notre quartier serait démoli. Il nous a été demandé de constituer un comité pour informer les populations et suivre le processus à venir. Ainsi, j’ai été choisi par les forces vives du quartier pour diriger l’équipe chargée de défendre nos intérêts. Notre rôle consiste à collecter un maximum d’informations sur l’opération et à informer les 40 000 habitants du quartier. Nous devons également comprendre les raisons de ce déguerpissement et tenter de trouver une solution qui convienne aux deux parties. Selon la mise en demeure, il s’agit d’une occupation anarchique d’un site ne respectant pas les normes en matière d’urbanisme et d’habitat. De plus, dans le cadre de la lutte contre le désordre urbain, l’insalubrité et l’assainissement dans le District d’Abidjan, ce site a été identifié comme une zone à risque constituant un danger pour les populations. Et pourtant, depuis que ce quartier existe, il n’y a jamais eu d’inondations. Nous sommes situés sur une plaine, ce qui exclut tout risque d’éboulement. Nous avons donc été surpris d’apprendre lors de cette réunion que notre quartier était considéré comme une zone à risque. Je ne partage pas l’avis du District sur ce point. Nos autorités n’ont pas reçu les bonnes informations. Concernant l’argument de l’occupation anarchique, notre quartier n’en fait pas partie. Il a été créé en 1963 pour résoudre un problème auquel faisait face le port d’Abidjan : des poissons pourrissaient au port, et une solution devait être trouvée. Nos parents, fumeurs de poissons, travaillaient à l’époque au dépôt de la Sotra (Société de transport abidjanais). Avec le développement du port, ils ont été relogés ici, d’où le nom : “la pointe des fumeurs“. C’est le vrai nom de ce quartier, aussi appelé Vridi-3, mais certains l’ont surnommé abusivement Zimbabwe. À l’époque, le directeur du service de pêche, Kamara Ladji, avait même fait creuser des puits sur ce site pour faciliter le travail de nos parents sur les fours. L’État a également construit un centre de santé, un groupe scolaire composé de trois écoles primaires et d’une maternelle. Les enseignants y sont affectés par l’État, et l’école compte environ 1 500 élèves. Il y a l’adduction d’eau potable et de l’électricité dans tout le quartier. Comment peut-on parler de désordre urbain dans ces conditions ? Nos parents ont été installés ici pour jouer un rôle économique. Nous continuons à remplir ce rôle en fumant les poissons que nous vendons à travers le pays et même à l’étranger. Certes, il y a des zones insalubres dans le quartier, mais la responsabilité en incombe aussi à l’État, qui doit entreprendre des travaux d’infrastructure. En 2016, une mise en demeure menaçait déjà de faire disparaître une partie du quartier. Cependant, après des pourparlers, il avait été convenu que le quartier ne serait pas touché. Il avait alors été décidé de procéder à des ouvertures de voies et d’assainir le quartier. Je pense que c’est ce que les autorités devraient faire à nouveau, au lieu de vouloir nous déguerpir. À l’époque, la ministre Anne-Désirée Ouloto (alors ministre en charge de la Salubrité) nous avait officiellement offert du matériel de salubrité, notamment un tricycle pour le ramassage des ordures et des pelles. Nous n’avons jamais reçu ce matériel. Lors de la réunion du 18 juillet 2024, notre Comité a été chargé de recenser la population afin de connaître le nombre exact de personnes impactées. Nous n’avons reçu aucun soutien financier pour mener cette tâche, mais nous nous sommes tout de même mis au travail. À ce jour, nous avons enregistré 4 000 chefs de ménage. Nous avons commencé le 3 août 2024, et ce chiffre est encore loin d’être exhaustif. Compte tenu du nombre de ménages et du nombre de personnes par ménage dans le quartier, nous dépasserons certainement les 40 000 personnes. Mais pour que ce travail soit bien mené, nous avons besoin du soutien de l’État. Or, à ce jour, nous sommes sans nouvelles du District, du ministère de la Salubrité, et même de la Mairie. Tous nos courriers visant à connaître l’état d’avancement du projet de déguerpissement sont restés sans réponse. Nous sommes dans le flou. »
Bouaké Fofana, Chef de la communauté du grand-nord, a déclaré : « Depuis que la nouvelle est tombée, je reçois des appels de partout à travers le pays. »
« C’est une situation qui nous impacte négativement, au plus haut point. Je suis également le président de la communauté du grand Nord dans la commune de Port-Bouët. Depuis que la nouvelle est tombée, je reçois des appels de partout à travers le pays, me demandant si c’est vrai. Certains n’arrivent pas à croire que c’est bien de mon quartier qu’il est question. Je réside à Vridi-3 depuis 1970, et c’est en 1973 que j’ai définitivement aménagé ici. Avant cela, étant ouvrier au port, je restais ici pendant les heures de travail. C’est donc en 1973 que j’ai organisé les ressortissants du nord en association dans le quartier. En 1980, avec la création de la commune de Port-Bouët, j’ai ouvert l’association à tous les ressortissants du grand-nord de la commune. Avant de venir ici, j’habitais à Adjamé sur l’actuel site du marché de Gros, qui était un cimetière, et qu’on appelait ” quartier cimetière. Ce site a été démoli en 1972. Nous ne sommes pas venus nous installer ici de notre propre initiative, c’est le gouvernement qui nous a donné ce site pour le fumage de poissons. Puis en 1980, lorsque Mme Hortense Aka Anghui est venue solliciter nos voix pour devenir Maire de la commune, nous avons accepté de voter pour elle. Ensuite, nous avons demandé une école pour nos enfants. Nous avons construit trois classes, et le gouvernement a construit le reste. Par la suite, la Mairie a ouvert des routes d’accès au quartier. Les ressortissants du grand-nord représentent les trois quarts de la population du quartier. Nous sommes vraiment nombreux. La communauté ghanéenne est aussi présente, car c’est elle qui pratique la pêche. Mes filles sont toutes dans l’activité du fumage de poisson. Cette affaire de démolition me rappelle de mauvais souvenirs. Le gouvernement sait très bien qui vit ici et comment nous vivons. Il a déjà accepté de construire un groupe scolaire, un centre de santé, et nous a fourni l’eau et l’électricité. Nous avons désormais tout ce qu’il nous faut. Ce à quoi nous nous attendions, c’était qu’on vienne tout mettre en ordre afin de nous attribuer nos titres fonciers.
En 2010, le Président Alassane Ouattara s’est rendu ici pendant la campagne du premier tour. J’organisais des activités avec son grand frère, Gaoussou Ouattara, qui me connaissait très bien. J’ai été le premier, ce jour-là, à lui serrer la main. Je lui ai dit : “Bonne arrivée, Monsieur le Président de la République. Tu seras Président à vie.” Il m’a regardé et m’a dit merci. Je dis tout cela pour lui rappeler que nous sommes toujours ici avec nos familles. J’attends son retour pour qu’il développe mon quartier, et non pour le démolir et me chasser. Qu’il vienne me donner le titre foncier qu’il m’a promis afin que je sois en paix.**
Kra Kouassi Adjoumane, Chef des pêcheurs ghanéens : « Le Président Félix Houphouët-Boigny nous a demandé de nous installer sur ce site pour pratiquer la pêche. »
**Je demande pardon aux autorités ivoiriennes. En ce qui concerne la pêche, c’est nous, les Ghanéens, qui travaillons ici. C’est en 1962 que le Président Félix Houphouët-Boigny nous a demandé de nous installer sur ce site pour pratiquer la pêche. Je suis arrivé ici en 1981. Sous l’ancienne Maire de la commune de Port-Bouët, Madame Hortense Aka Anghui, nous avions appris que nous serions chassés d’ici. Mais elle-même était venue nous assurer que cela ne se produirait pas. C’est donc la seconde fois que nous apprenons que le quartier sera démoli. Je suis un citoyen ghanéen et je suis responsable des pêcheurs qui résident ici. Je demande aux autorités ivoiriennes de ne pas nous chasser. Si nous quittons cet endroit, nous n’avons nulle part où aller travailler. On nous a informés qu’un site a été aménagé à Grand-Bassam pour que nous y débarquions nos produits de pêche. Aujourd’hui, je vous parle après avoir perdu deux pêcheurs à Grand-Bassam, près de l’embouchure. C’est un endroit dangereux, et nous n’avons aucun autre lieu où aller. Nous demandons pardon aux autorités. Qu’elles ne nous chassent pas d’ici. C’est nous qui ravitaillions le marché en poissons. Les produits de notre pêche sont vendus uniquement en Côte d’Ivoire, pas à l’extérieur. Depuis 1962, notre communauté est installée ici à Vridi-3, et toutes nos économies y sont également. C’est ici que nous avons bâti nos vies. Nous sommes plus de 6 000 pêcheurs ici. Vridi-3 est la capitale de la pêche artisanale en Côte d’Ivoire. Nous avons trouvé notre bonheur ici. Que les autorités ne nous chassent pas. Je demande pardon au Président de la République, parce que si Vridi-3 venait à être démoli, nous, les Ghanéens, serions chassés de la Côte d’Ivoire, car nous n’avons aucun autre endroit où aller. »
Ouédraogo Boukary, Chef de la communauté burkinabè : « J’ai 22 enfants, partir du quartier serait un cauchemar. »
« Nous sommes dans ce quartier depuis 1963. Le gouvernement de Félix Houphouët-Boigny nous a installés ici pour que nous puissions pratiquer le fumage de poisson et le vendre. Depuis lors, nous n’avons jamais enregistré de cas d’inondation. Nous vivons en parfaite harmonie avec nos frères ivoiriens. Nous, les Burkinabè, constituons une part importante de la population vivant dans ce quartier. Certes, il y a de nombreux Ghanéens, mais aussi un bon nombre de Maliens, de Guinéens, et d’autres originaires de pays de la sous-région. La population est estimée à environ 40 000 habitants. Cependant, je ne suis pas en mesure de vous donner le nombre exact de Burkinabè. Mais nous formons une communauté forte et bien intégrée ici. Si le quartier venait à être démoli, nous ne savons pas où aller pour nous sentir aussi à l’aise qu’ici. Je crains fort que beaucoup d’entre nous ne survivent à une telle opération. Nombreux pourraient en pâtir. En ce qui me concerne, c’est ici que j’ai eu tous mes enfants. L’aîné a 40 ans. J’ai 22 enfants, dont 17 vivent encore avec moi ici. J’ai deux épouses. Toute ma vie est ici. Je ne me vois pas quitter ce quartier. Ce serait un véritable cauchemar. »
Kané Sébé, Chef de la communauté Yacouba : « Je pense que la démolition n’est pas la solution. Nous vivons ici avec beaucoup de populations qui ont fui les démolitions. »
« Cette nouvelle de déguerpissement nous a vraiment bouleversés. Cet endroit est la pointe des fumeurs de poisson, où le travail principal est le fumage de poissons. Nous prions le gouvernement de nous permettre de continuer nos activités ici. La communauté Yacouba compte environ une trentaine de personnes. J’entends dire que ce quartier est majoritairement habité par des ressortissants ghanéens. C’était vrai par le passé, car ils constituaient la majorité écrasante des pêcheurs auxquels le Président Félix Houphouët-Boigny avait donné l’autorisation de s’installer pour mener leurs activités. Mais ce n’est plus vrai aujourd’hui. Nous sommes désormais un grand nombre d’Ivoiriens ici. Je vous parle des familles de tous ces Ivoiriens ouvriers qui travaillent dans la zone portuaire. Nous avons aussi nos frères de la CEDEAO. L’un des arguments avancés par les autorités est que le quartier a été occupé de façon anarchique. C’est vrai qu’il n’y a pas de lotissement, mais je ne maîtrise pas cet aspect. Le quartier existe depuis 1962, et je suis arrivé ici en 2002. Cependant, je pense qu’il pourrait y avoir une solution. Il suffirait que les autorités viennent procéder à un morcellement, et chacun de nous ferait le nécessaire pour s’offrir un terrain. Mais je pense que la démolition n’est pas la solution. Nous vivons ici avec beaucoup de personnes qui ont fui les démolitions dans d’autres quartiers de la commune. Où irons-nous avec nos familles si le quartier devait être démoli ? Nous sommes très pauvres. Nous demandons au Président de la République d’avoir pitié de nous. »
Hyacinthe N’Gohoma Kouassi, Pasteur Église Pentecôtiste : « Pour ceux qui possèdent tous leurs biens ici, c’est comme une fin de vie. C’est plus que la mort. »
« Cette démolition annoncée est une très mauvaise nouvelle. Ces populations vivent ici, pour la plupart, depuis des décennies. Pour ceux qui possèdent tous leurs biens ici, c’est comme une fin de vie. C’est plus que la mort. Ils ont des biens dont la valeur est estimée à plusieurs millions de F CFA. Ce serait déplorable que tout cela leur soit enlevé du jour au lendemain. Les autorités avancent l’argument selon lequel le quartier est à risque. Depuis 2015 que je suis ici, nous n’avons jamais enregistré d’inondations pendant la saison des pluies. Aucun des collègues pasteurs que j’ai remplacés n’a non plus évoqué une telle situation par le passé. Cela prouve que nous n’habitons pas un quartier à risque d’inondations. Nous sommes sur une terre sablonneuse, très perméable à l’eau. Il n’y a donc pas d’inondations ici à Zimbabwe. Concernant l’occupation anarchique, je pense que la solution serait que les autorités lotissent le quartier et permettent à ceux qui le peuvent de s’offrir des parcelles. Cela fait 42 ans que certains vivent ici. C’est toute une vie. Ce ne sera pas facile pour eux de se voir chasser et de se retrouver à la rue. Le quartier apporte beaucoup à l’économie du pays. Certes, notre population a augmenté, mais il faut comprendre que ce sont des populations avec peu de moyens, principalement des pêcheurs et des ouvriers du port d’Abidjan. Le quartier rencontre des difficultés dans la gestion des ordures ménagères, car les véhicules des sociétés de collecte ne parviennent pas à entrer à l’intérieur en raison de l’étroitesse des ruelles. En conséquence, certaines populations déversent leurs ordures dans la lagune, créant ainsi un spectacle peu reluisant pour ceux qui naviguent le long des eaux. Nous invitons donc les autorités à nous aider à élargir les ruelles, afin que les camions de ramassage d’ordures puissent accéder à l’intérieur du quartier. Nous aurions aussi besoin de bennes à ordures. Que les autorités pensent à nous aider à assainir notre environnement, plutôt que de vouloir nous chasser. Nous sommes une population disciplinée et demandons aux autorités de nous laisser vivre ici en toute quiétude. Nous vivons dans l’un des quartiers les plus sécurisés d’Abidjan. Personne ne peut semer le désordre ici. Nous nous connaissons tous, et chacun est le gardien de l’autre ».
Seydou Znoma, Imam : “Chasser quelqu’un d’ici, c’est le condamner à la mort.”
“J’étais présent à la réunion du 18 juillet 2024, tenue au Commissariat du 25e Arrondissement de police de Vridi. On nous a annoncé qu’un recensement allait être effectué en vue d’un déguerpissement. Ce jour-là, on nous a même refusé le temps nécessaire pour préparer moralement la population dans nos lieux de culte. Dès le lendemain, le recensement a commencé. Nous avons accueilli cette nouvelle avec amertume et douleur. Certes, le quartier n’est pas loti, mais il a vu naître et grandir de nombreuses générations. Il est possible de le restructurer pour le conformer aux normes. Nous demandons au gouvernement de nous aider à améliorer notre quartier. Quand on parle de quartiers à risque, le gouvernement devrait intervenir en interdisant, par exemple, le dragage de sable dans la lagune. De grandes entreprises effectuent des remblayages, occupant ainsi une large partie de la lagune. Depuis que nous vivons ici, nous n’avons jamais enregistré de dégâts dus aux saisons des pluies. Peut-être que ces remblayages constituent le véritable danger pour notre quartier. C’est là-dessus que le gouvernement devrait se concentrer, plutôt que de venir chasser des personnes démunies. Nous sommes tellement pauvres que chasser quelqu’un ici, c’est le condamner à la mort.”
Ce qu’en pensent les partis politiques
Kouakou Kra, Vice-président du FPI : « Le déguerpissement n’est pas mauvais en soi, mais… »
“Le déguerpissement est un acte de gouvernance, qui doit toujours placer l’homme au centre, avec pour objectif de rendre les citoyens heureux. C’est le rôle de l’État. La loi est faite pour protéger le citoyen, non pour le contrarier. Les autorités exercent leur pouvoir par délégation ; en réalité, le pouvoir appartient au peuple. On ne peut pas se voir déléguer le pouvoir et l’utiliser pour nuire à ceux qui vous l’ont confié, c’est ce qu’on appelle un abus d’autorité.
Malheureusement, chez nous, les questions de démocratie sont souvent mal gérées, ce qui crée un déficit démocratique. Le déguerpissement n’est pas mauvais en soi, mais il doit être fait sous certaines conditions : informer les populations, mener des enquêtes pour comprendre la situation exacte, et trouver des mesures palliatives. Cependant, quand l’État agit sans discernement, cela peut devenir dangereux et entraîner le désordre, et le désordre conduit à la révolution.
Le manque de lotissement n’est pas le problème fondamental. L’État de Côte d’Ivoire a connu les lotissements depuis quand ? Le but de la création de l’État est d’améliorer les conditions de vie des citoyens. La situation de l’État en 1960 et celle de 2024 ne peuvent pas être comparées ; il faut constamment chercher à s’améliorer. Si une zone n’est pas lotie, il est nécessaire de consulter les populations pour trouver des solutions et intégrer ces zones dans le cadre de l’État, plutôt que d’utiliser la force pour les expulser. C’est là que réside le véritable problème.
Au Front Populaire Ivoirien (FPI), nous sommes d’accord pour embellir les villes, mais cela doit se faire dans des conditions humaines acceptables. Il est vrai qu’il y a des risques lorsqu’un espace n’est pas loti, car cela signifie qu’il ne respecte pas les normes. Mais ceux qui gouvernent ont la responsabilité de faire en sorte que ces normes soient respectées. C’est comme un enfant qui naît sans extrait de naissance : ce n’est pas une raison pour le condamner. Il en va de même pour les apatrides. L’apatridie est une situation qui doit être gérée, et ce n’est pas parce qu’une personne est apatride qu’elle doit être bannie de la société. Ces situations peuvent être régularisées, tout en tenant compte des intérêts de l’État et des populations concernées.”
Danièle Boni-Claverie, présidente de l’URD : “Nous sommes tous d’accord pour qu’Abidjan devienne la perle des lagunes, mais cela ne peut se faire dans les larmes de citoyens de seconde zone.”
“L’URD n’est pas contre la nécessité de mettre de l’ordre dans l’espace public. La prolifération des quartiers informels, sous la pression d’une forte croissance urbaine, sans plan d’urbanisation, dépourvus pour certains d’équipements de base mais curieusement dotés de services publics tels que des écoles et des centres de santé, pose des problèmes de précarité, d’insalubrité, d’insécurité, et parfois provoque des inondations. Ce qui choque, ce sont les méthodes brutales et inhumaines, qui ciblent des quartiers aux activités commerciales informelles mais vitales pour de nombreuses familles.
Le quartier Zimbabwe existe depuis 62 ans et possède un centre de santé et des écoles primaires inscrites au programme scolaire. Comment l’État a-t-il pu laisser cette situation perdurer ? Pourquoi cette urgence soudaine, et comment expliquer que des commerçants illégaux payent des taxes aux mairies ? L’État n’a pas de politique urbaine cohérente, ce qui n’est malheureusement pas nouveau. Il faut donc revoir entièrement ce mode de régulation.
Entre le laisser-faire et le tout casser, il existe une voie médiane : l’anticipation administrative, la sensibilisation des populations, l’accompagnement, l’indemnisation et le relogement. Nous sommes tous d’accord pour qu’Abidjan devienne la perle des lagunes, mais cela ne peut se faire dans les larmes de citoyens de seconde zone, à qui on a laissé croire pendant plus de 60 ans qu’une situation illégale pouvait devenir normale avec le temps. Il est donc urgent de penser à une véritable politique de logement.”
Olivier Akoto, député PDCI Daoukro : “L’objectif de la gouvernance est d’assurer le bien-être de la population.”
“Concernant les déguerpissements, j’ai un message clair : toutes les zones à risque doivent être évacuées, mais seulement après une sensibilisation adéquate, un dédommagement juste, et un recasement des populations concernées. Lorsque la sensibilisation n’a pas eu lieu, que les personnes n’ont pas été dédommagées ni recasées, et qu’on les force à quitter leur domicile tard dans la nuit, contre leur gré, cela s’apparente à de l’oppression, ce qui n’est pas humain.
Personne n’est à l’abri de cette situation ; nous avons tous des proches dans ces localités. Il est donc important de ne pas politiser ces actions. Nous sommes en pleine rentrée scolaire et en saison pluvieuse. Comment peut-on envisager de déguerpir les populations d’une localité comme Zimbabwe dans de telles conditions ? Ce n’est pas normal. L’objectif de la gouvernance est d’assurer le bien-être de la population, et cela passe par des actions participatives. Sensibiliser, dédommager, recaser : ce sont des étapes essentielles, quelles que soient les raisons derrière un déguerpissement. Il s’agit d’êtres humains. Nous avons tous des parents dans ces localités, et une machine de démolition ne fait pas de distinction entre un membre du RHDP, du PDCI ou du PPA-CI. Ce sont des pères de famille, des enfants, et dans une semaine, c’est la rentrée scolaire. Est-ce qu’on pense à cela ?”
Ousmane Sy Savané, président de la Commission communication et organisation des manifestations du PPA-CI : “Tous les déguerpissements doivent s’accompagner de mesures sociales et être menés dans un esprit démocratique.”
“Notre réaction reste la même pour tous les déguerpissements, pas seulement pour le cas de Zimbabwé . Nous avons déjà exprimé notre indignation à travers une déclaration du secrétaire général, et le parti a également pris position. Tous les déguerpissements doivent s’accompagner de mesures sociales et être menés dans un esprit démocratique. Concernant Zimbabwé en particulier, je n’ai pas tous les détails pour me prononcer spécifiquement sur ce cas. Cependant, de manière générale, nous ne sommes pas contre le développement, mais il est essentiel de placer l’homme au centre du développement.”
Vassiriki Diaby, Sénateur RHDP du Kabadougou : “Le gouvernement est dans son droit et son devoir de faire respecter la réglementation, et cela vise à protéger les populations concernées.”
“Je n’ai pas beaucoup d’informations pour le moment sur l’annonce de ce déguerpissement ni sur les enjeux à l’échelle nationale.En tant qu’élu de la nation, représentant de la région de Kabadougou, je suis à l’aise pour aborder les questions locales de cette région. De même, les questions nationales ne posent aucun problème pour moi. Quand je parle de questions nationales, je fais référence à des zones comme Port-Bouët, dont vous parlez spécifiquement. Cependant, je vous ai dit que je ne dispose pas de tous les éléments nécessaires pour intervenir sur ce sujet précis. Si la situation se développe et suscite un débat, je pourrais intervenir en tant qu’élu. Mais pour l’instant, sur des annonces pour lesquelles je n’ai pas suffisamment d’informations, je ne peux pas me prononcer. Si vous posez une question sur des déguerpissements qui ont déjà eu lieu, comme dans le cas d’Adjamé village, c’est différent. Ce sont des faits établis, et le gouvernement a déjà pris des dispositions au niveau national pour traiter la question d’Adjamé. De manière générale, je pense que l’État doit respecter les procédures lors des déguerpissements. Il est essentiel que ceux qui ne sont pas en conformité avec les normes soient relogés de manière appropriée. Il faut suivre les procédures établies. Le gouvernement est dans son droit et son devoir de faire respecter la réglementation, et cela vise à protéger les populations concernées. Comme je l’ai dit, à l’échelle nationale, je suis globalement d’accord avec l’idée de protéger les populations. L’objectif principal est leur protection. Dans ce sens, il est important de trouver des mécanismes pour les reloger dans des localités adéquates tout en permettant au gouvernement de les accompagner convenablement. »
Dossier réalisé par Claude Dassé, Jean Hubert Koffo , Adama Traoré et Touré Abdoulaye
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