Pour des pays comme la Côte d’Ivoire, engagés dans la diversification du mix énergétique, l’enjeu n’est plus seulement de produire de l’électricité, mais de bâtir un socle solide de compétences locales. À Benguerir, la ville verte située à un peu de 170 kilomètres de Casablanca, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) offre un aperçu de ce que pourrait être un modèle africain de formation et d’innovation énergétique. Un modèle où la recherche, l’industrie et la formation avancent de concert pour répondre aux défis du continent.
Les 11 et 12 décembre 2025, un groupe de médias africains et français, dont L’Intelligent d’Abidjan, a été convié à une immersion au cœur de cet écosystème universitaire, à travers un programme consacré à l’exploration de l’innovation, de la recherche appliquée et des énergies du futur.
L’université se présente comme une véritable cité du savoir, articulée autour de la recherche appliquée, de l’innovation et du lien avec les réalités économiques et environnementales du continent. Créée en 2017 par la Fondation OCP, l’UM6P a été pensée comme un outil stratégique au service du développement africain. À la’UM6P la formation académique ne se limite pas à la transmission de savoirs théoriques. Elle s’inscrit dans une démarche pragmatique : apprendre en expérimentant, chercher en résolvant des problèmes concrets et innover en réponse aux besoins réels des territoires africains.
Mustapha El Bouhssini, enseignant-chercheur au Collège d’Agriculture, d’Environnement et de Sciences de l’Alimentation (CAES) explique : « Notre ambition est de former des leaders scientifiques capables d’apporter des solutions concrètes aux défis de l’Afrique, notamment en matière d’énergie, d’agriculture, d’eau et de développement durable. »
[L’agriculture durable, le maillon de la transition énergétique]
La première étape du programme de visite du vendredi 12 décembre 2025 a conduit les journalistes au Collège d’Agriculture, d’Environnement et de Sciences de l’Alimentation (CAES). Les équipes du CAES travaillent notamment sur l’optimisation énergétique des systèmes agricoles, l’irrigation intelligente, la valorisation des déchets agricoles en biomasse, ainsi que sur les pratiques agricoles résilientes face au changement climatique. Dans les laboratoires et plateformes expérimentales, chercheurs et étudiants planchent sur des modèles intégrés où énergie, eau et agriculture sont pensés comme un tout. « Produire plus, avec moins d’eau et moins d’énergie, tout en réduisant l’empreinte carbone : c’est le défi que nous relevons ici », a expliqué Mohamed Ouaoraus, ingénieur Chercheur du CAES.
[Le département MSN, cœur scientifique de la recherche énergétique]
La visite s’est poursuivie au département Materials Science, Energy and Nano-Engineering (MSN), l’un des piliers de la recherche énergétique à l’UM6P. Ce département regroupe plus de 180 chercheurs, doctorants et ingénieurs issus de divers horizons africains et internationaux. Le MSN concentre ses travaux sur plusieurs axes stratégiques notamment sur les batteries, les hydrogènes, le stockage des transgènes, les matériaux photovoltaïques de nouvelle génération, les nanotechnologies appliquées à l’énergie, le stockage énergétique
Dans les laboratoires, les journalistes ont découvert des prototypes des batteries LFP (Lithium Fer Phosphate), des matériaux capables d’améliorer le rendement énergétique, mais aussi des recherches sur la durabilité et la fin de vie des équipements solaires. « La question du recyclage est centrale. Une transition énergétique durable doit anticiper dès aujourd’hui les déchets de demain. Il faut investir dans la vie, investir dans la recherche et le développement, investir dans les universités et l’éducation »a souligné Fouad Ghaamouss chercheur à MSN
Après le passage au département de MSN, c’est le département du Laboratoire des matériaux inorganiques pour les technologies énergétiques durables (LIMSET) qui nous reçoit. LIMSET, est spécialisé dans les matériaux durables pour la construction et l’industrie. Au LIMSET, les chercheurs développent des matériaux alternatifs à faible empreinte carbone, à partir de résidus miniers, de déchets industriels ou de sous-produits agricoles. L’objectif est clair : proposer des solutions locales, moins coûteuses et plus respectueuses de l’environnement. « Nous voulons démontrer qu’il est possible de construire massivement sans reproduire les erreurs environnementales des pays industrialisés », a expliqué Faik Abdessamad, responsable de ce département.
[Les Corelabs, là où la science rencontre l’industrie]
La visite des Corelabs, véritables plateformes technologiques mutualisées au service de la recherche et de l’innovation a été un moment clé de la journée de visite . Ces infrastructures de pointe permettent aux chercheurs, aux startups et aux industriels de tester, prototyper et industrialiser leurs innovations. Les journalistes ont vu des équipements de haute technologie dédiés à la caractérisation des matériaux, aux tests énergétiques et à la validation industrielle des solutions développées sur le campus. Les Corelabs incarnent l’un des principes fondateurs de l’UM6P à savoir rapprocher la science du marché et accélérer le passage de l’idée à l’impact réel.
[Bâtir les villes africaines de demain au Green & Smart Building Park]
La visite du Green & Smart Building Park (GSBP), un espace entièrement consacré à la construction durable et à l’efficacité énergétique des bâtiments, a été ouverte aux hommes des médias. Les chercheurs du GSBP travaillent sur des solutions adaptées aux climats africains : isolation thermique naturelle, ventilation passive, matériaux biosourcés, intégration solaire dans le bâti et systèmes intelligents de gestion énergétique.Des prototypes grandeur nature permettent de tester ces innovations en conditions réelles.
« Construire comme avant n’est plus une option. Les villes africaines doivent être sobres, intelligentes et résilientes », a affirmé Abdellatif Ghennioui, directeur adjoint du Green Energy Parc .
Le Green Energy Park (GEP), co-développé par l’UM6P et l’Institut de Recherche en Énergie Solaire et Énergies Nouvelles (IRESEN) est un véritable laboratoire à ciel ouvert. Le GEP est dédié à la recherche appliquée sur les technologies solaires. Sur de vastes plateformes extérieures, plusieurs panneaux solaires, classiques, bifaciaux, hybrides sont soumis aux conditions climatiques réelles : chaleur intense, poussière, vent, humidité. Chaque installation est instrumentée afin d’analyser sa performance, son vieillissement et sa résistance.
Les chercheurs y travaillent également sur le stockage énergétique : batteries avancées, solutions thermiques et hydrogène vert. « Le stockage est le maillon clé de la transition énergétique. Sans lui, le solaire ne peut répondre aux besoins industriels »,a rappelé Abdellatif Ghennioui, directeur adjoint du GEP .
[Le Maroc, un modèle africain de transition énergétique]
À travers l’UM6P, le Maroc affirme son statut de pionnier africain en matière de transition énergétique. Le royaume chérifien a fait le choix stratégique d’investir simultanément dans les infrastructures, la recherche et la formation. Cette approche repose sur une vision claire; sans compétences locales, aucune transition énergétique durable n’est possible. Un message qui résonne particulièrement pour des pays comme la Côte d’Ivoire, confrontés à une demande énergétique croissante et à la nécessité de diversifier leur mix énergétique.
Cette visite d’immersion permet de se rendre compte que la transition énergétique africaine viendra de centres de recherche africains, portés par des talents africains, au service de réalités africaines. L’UM6P s’inscrit dans cette nouvelle dynamique. Une université où la science ne se contente pas d’expliquer le monde, mais s’engage à le transformer. Comme le résume Hassane Abdoul-Ganiyou, jeune étudiant ivoirien rencontré sur le campus : « Ici, nous ne copions pas les solutions du Nord. Nous inventons l’énergie du futur pour l’Afrique»
Ce qu’il savoir sur UM6P
Créée en 2017 par la Fondation OCP, l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) s’est imposée en quelques années comme l’un des pôles majeurs de l’enseignement supérieur et de la recherche en Afrique. Implantée principalement à Benguerir, l’UM6P dispose d’une forte présence sur l’ensemble du royaume chérifien à travers six universités thématiques, chacune spécialisée dans des domaines stratégiques.
Parmi elles figurent notamment le campus de Rabat, axé sur les sciences économiques et sociales, le Business School, ainsi qu’un centre dédié à l’intelligence artificielle, démontrant la volonté de l’institution de se positionner sur les secteurs d’avenir.
L’UM6P se distingue également par son modèle d’accessibilité fondé sur l’excellence académique. 80% des étudiants sont boursiers, dont 60 % bénéficient d’une prise en charge totale de leur scolarité. 20 % perçoivent une bourse partielle, tandis que 20 % des étudiants financent eux-mêmes leurs études, pour un coût annuel minimum estimé à 10 000 euros, soit environ 6,5 millions de FCFA.
L’université affiche par ailleurs une forte dimension panafricaine. Environ 10 % des étudiants sont issus de l’Afrique subsaharienne, traduisant l’ambition de l’UM6P de devenir un hub continental de formation et de recherche.
Cette ouverture internationale s’accompagne d’une sélection particulièrement rigoureuse. « L’année dernière, nous avons reçu près de 90 000 candidatures. Sur ces 90 000 postulants, seuls 1 300 ont été recrutés. En termes de sélectivité, c’est extrêmement concurrentiel, mais nous nous assurons de ne retenir que les meilleurs », a confié Khalid Baddou, Directeur des affaires institutionnelles.
À travers cette exigence académique, l’UM6P entend former une élite scientifique et technique capable de répondre aux grands défis contemporains, notamment ceux liés à l’innovation, à la transition énergétique et au développement durable du continent africain.
Ange Kouadio de retour de Benguerir au Maroc
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