8:30 am - 6 mars, 2026
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Le séjour en Côte d’Ivoire de Lé A. N., une ressortissante vietnamienne arrivée d’Australie, s’est transformé en épreuve judiciaire depuis son arrestation à l’Aéroport international Félix‑Houphouët‑Boigny.

Alors qu’elle s’apprêtait à quitter Abidjan pour l’Australie, les services de contrôle ont découvert 8,85 kilogrammes de cocaïne dissimulés dans ses bagages. Interpellée sur-le-champ, elle a été placée sous mandat de dépôt le 10 octobre 2024 et écrouée au pôle pénitentiaire d’Abidjan (PPA).

Le jeudi 5 mars 2026, elle a comparu devant le Tribunal correctionnel du Pôle pénal économique et financier, où le ministère public a requis 10 ans d’emprisonnement ferme et une amende de 10 millions de FCFA, sans préjudice des dépens.

Les accusations du parquet

La prévenue est poursuivie pour trafic international de drogue et blanchiment de capitaux.

À la barre, Lé A. N. a affirmé ignorer la présence de drogue dans l’un de ses sept sacs de voyage, soutenant avoir financé son séjour en Côte d’Ivoire dans un but touristique.

Le parquet a toutefois contesté cette version des faits : « Pendant toute la procédure, elle a déclaré avoir financé son voyage en Côte d’Ivoire pour un séjour touristique. Curieusement, elle n’a visité aucun site touristique et, à son départ d’Abidjan, elle a fait enregistrer tous ses bagages. En vérité, elle s’est rendue en Côte d’Ivoire dans le seul but de prendre de la drogue afin de l’acheminer en Australie. La Côte d’Ivoire ne saurait s’associer à un tel trafic. »

Le ministère public a cependant reconnu l’absence d’éléments probants concernant le blanchiment de capitaux : « Pour la charge de blanchiment de capitaux, nous n’avons aucun élément pour attester qu’elle a injecté des sommes issues de ce trafic dans l’économie ivoirienne. Il convient donc de la déclarer non coupable. »

Le parquet a donc requis : « La déclarer coupable pour la charge de trafic international de drogue et la condamner à 10 ans d’emprisonnement ferme et 10 millions de FCFA d’amende, sans préjudice des dépens. »

La défense évoque une personne manipulée

L’avocat de la prévenue, Me Diallo, a plaidé en faveur d’une lecture plus nuancée du dossier, estimant que sa cliente serait une victime d’un réseau criminel international.

« Vous ne voyez qu’un dossier de trafic de drogue, mais moi je vois une vie brisée, une femme engluée dans un système qui la dépasse. Les véritables architectes de ce réseau sont invisibles, ils ne voyagent jamais. »

Selon lui, sa cliente ne disposerait pas des moyens financiers pour organiser un tel trafic : « Avec 2000 dollars et 5000 dollars d’épargne, quel trafic ma cliente peut-elle organiser ? Elle porte seule le poids de la Justice, pendant que les vrais coupables vivent dans le confort. »

L’avocat a également mis en avant la situation personnelle de la prévenue : « Ce n’est pas une trafiquante, ce n’est pas une criminelle. C’est une femme qui a eu le malheur de croire en des gens qui l’ont manipulée. »

Il a conclu :

« La justice pénale ne doit jamais être aveugle. Elle doit distinguer ceux qui exploitent des personnes exploitées. La condamner à 10 ans de prison, c’est la mort assurée. »

Le délibéré est attendu le 26 mars 2026.

 

Un réseau de trafic entre la Côte d’Ivoire et le Maroc

Lors de la même audience, plusieurs autres prévenus, Siaka K., K. Fatoumata, Amara B. (Ivoiriens) et Ténin D. (Guinéenne), ont comparu pour trafic international de drogue et blanchiment de capitaux, infractions prévues par les articles 340 et 352 du Code pénal et les articles 9, 184, 185, 187, 196 et 202 de l’ordonnance nº2023-875 du 23 novembre 2023 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.

Selon le parquet, ces procédures s’inscrivent dans une opération de démantèlement d’un réseau de trafic entre la Côte d’Ivoire et le Maroc.

Amara B. a été arrêté à l’aéroport d’Abidjan avec trois kilogrammes de cocaïne dissimulés dans une valise, alors qu’il s’apprêtait à embarquer pour le Maroc.

Le procureur a insisté sur la nécessité d’une réponse judiciaire ferme : « Vous devez frapper fort, parce que l’aéroport d’Abidjan est perçu comme un lieu où tout peut passer. »

Il a également évoqué les conséquences diplomatiques de ces trafics : « C’est justement à cause de ce trafic que les autorités ivoiriennes et marocaines ont instauré un visa entre la Côte d’Ivoire et le Maroc. Vous devez frapper fort pour faire passer un message et montrer que tout est mis en œuvre pour redorer l’image de la Côte d’Ivoire. »

Le ministère public a requis 10 ans de prison et 10 millions de FCFA d’amende pour chacun des prévenus, ainsi que  mandats d’arrêt contre Mohamed S. et sa sœur Djénéba, présentés comme les cerveaux présumés du réseau. Cette affaire a été mise en délibéré pour le 2 avril 2026.

 

Olivier Dion

 

 




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