Dr Arsène Désiré Néné Bi, Enseignant-Chercheur et expert en droit public et conseiller au Conseil national des droits de l’homme (CNDH) nous a accordé un entretien au siège de la Commission Régionale des Droits de l’Homme (CRDH) de Bouaké sur le rôle des jeunes dans le processus démocratique en Côte d’Ivoire.
Dans cet échange, il invite la jeunesse à dépasser le fatalisme pour adopter un engagement responsable, notamment par le vote, le débat citoyen et l’usage constructif du numérique.
Il appelle enfin les jeunes à devenir des acteurs d’influence et de paix, pleinement capables de renforcer durablement la démocratie en Côte d’Ivoire.
des élections apaisées en Côte d’Ivoire
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Docteur, l’opinion publique vous sait très engagé sur les questions en lien avec les droits humains de façon générale et particulièrement sur la question électorale. A cet effet, vous avez écrit en 2020 un ouvrage intitulé « Manuel d’instruction électorale pour l’élection présidentielle de 2020 en Côte d’Ivoire » et cette année (2025), nous apprenons que vous avez également publié un autre ouvrage dans le même contexte intitulé « Jeunesse, Citoyenneté et Paix : Pour des élections apaisées en Côte d’Ivoire ». Qu’est-ce qui motivent ces différentes thématiques ?
Mes motivations pour écrire « Manuel d’instruction électorale pour l’élection présidentielle de 2020 en Côte d’Ivoire » et « Jeunesse, citoyenneté et paix pour des élections apaisées en Côte d’Ivoire » s’enracinent dans une profonde volonté de contribuer à la consolidation de la démocratie et de la paix dans mon pays.
En 2020, le contexte électoral ivoirien était marqué par des tensions politiques et sociales. J’ai ressenti la nécessité de produire un outil pédagogique, le « Manuel d’instruction électorale pour l’élection présidentielle de 2020 en Côte d’Ivoire » pour informer et sensibiliser les citoyens sur le processus électoral, leurs droits, leurs devoirs et le rôle de chaque acteur dans le maintien d’un climat de confiance. Mon objectif était de renforcer la culture démocratique et la transparence électorale à travers une meilleure compréhension des règles du jeu démocratique.
En 2025, avec « Jeunesse, citoyenneté et paix pour des élections apaisées en Côte d’Ivoire », j’ai voulu prolonger cette réflexion en mettant l’accent sur le rôle central de la jeunesse. Les jeunes représentent une force vive, mais souvent instrumentalisée dans les crises électorales. J’ai donc souhaité leur adresser un message fort : celui de la responsabilité citoyenne, de l’engagement constructif et de la non-violence. Ce livre vise à encourager la jeunesse ivoirienne à devenir un acteur du changement positif, porteur de paix et de cohésion sociale.
En somme, ces deux ouvrages traduisent une même ambition : promouvoir une citoyenneté éclairée et active pour une Côté d’Ivoire démocratique, pacifique et unie.
À ce sujet Docteur, nous abordons aujourd’hui avec vous le thème suivant : « Rôle des jeunes dans le processus démocratique ». Quel est l’intérêt pour vous de cibler une telle couche sociale ?
La jeunesse est souvent présentée comme l’avenir d’une nation, et, en Côte d’Ivoire, elle est bien plus que cela. Elle est le présent, le souffle, la vibration profonde du pays. Avec plus de 77% de la population composée de jeunes de moins de 35 ans. Cette réalité démographiqueee n’est pas qu’un chiffre abstrait mais plutôt une force sociale, économique, politique et culturelle, à mettre au service de notre démocratie. Trop longtemps on a traité les jeunes comme des figurants du théâtre politique : on les applaudit quant ils crient fort dans les meetings, on les exhibe pour montrer une prétendue diversité, et on les oublie si tôt, le rideau tombé. Or, je suis convaincu que la jeunesse n’est pas seulement un public, elle est une scène, une plume, une voix. Ainsi, la jeunesse se présente comme l’un des piliers de notre démocratie.
votre voix peut changer
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Au regard de ce tableau que vous présentez relativement au rôle parfois mitigé de la jeunesse dans le processus démocratique, que devons-attendre d’elle pour sa contribution effective dans la construction démocratique notre pays ?
Je pars d’un constat, lors de mes ateliers ou échanges avec la jeunesse, je pose toujours la question suivante : « pensez-vous que votre voix peut changer les choses dans notre pays ? ». La réponse qui revient souvent est un silence gêné ou une phrase comme « «Bfff! On vote mais rien ne change ! ».
En effet, ce fatalisme est l’un des grands défis à surmonter. La jeunesse doit passer du statut de figurant à celui d’acteur principal. Cela commence par une prise de conscience. Poser des gestes comme voter, observer et surtout s’exprimer, constitueee des actes de transformation.
Par ailleurs, à cette ère du numérique où les jeunes sont les maitres incontestés des réseaux sociaux, souvent utilisés comme des canaux d’affrontement, je reste convaincu qu’ils peuvent les réorienter vers des usages citoyens. Ils peuvent utiliser ces canaux pour véhiculer des messages de paix, de cohésion sociale et de respect des droits humains. Un smartphone bien utilisé est une urne numérique qui peut amplifier la vérité ou propager la haine : Une jeunesse responsable saura faire le bon choix.
Vous avez parlé plus haut de fatalisme qui se présente comme ‘‘l’un des grands défis à surmonter’’.
 Qu’est-ce que vous préconisez, en tant qu’éveilleur de conscience ?Â
Merci pour cette qualité avec laquelle vous me présentez ma modeste personne, mais humblement, je me considère plutôt comme un fils du peuple et dans le peuple, raison pour laquelle je préconise à la jeunesse de changer de posture : de passer de la révolte à la responsabilité. Cela signifie que la jeunesse doit croire en ses capacités à influencer autrement.
c’est un acte
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Car, comme le disait John Lewis, militant Américain des droits civiques, « la démocratie n’est pas un état, c’est un acte ». Et, j’ajouterais que la démocratie est un acte répété, cohérent et courageux. Pour moi, être jeune aujourd’hui c’est choisir entre deux postures : l’indifférence ou l’influence.
Ainsi, de peur de le regretter à travers nos larmes, j’invite la jeunesse à choisir l’influence qui nous permettra de défendre notre démocratie au risque de la voir confisquer par d’autres.
Docteur , quel conseil pratique pouvez-vous donner aux jeunes qui veulent s’engager efficacement en politique ?Â
Pour s’engager de façon efficace, la base c’est l’inscription sur la liste électorale dès qu’on est en âge. Il faut :
Lire les programmes des différents candidats, les comparer, en discuter entre amis, les critiquer de manière constructive dans l’objectif de mieux faire; Se former aux techniques de plaidoyer, de débat, de leadership étique; Refuser toute proposition violente ou manipulatrice et parler de démocratie autour de vous, car chaque conversation peut réveiller une conscience.
l’élection présidentielle
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Quel est votre mot de fin ?
Je voudrais terminer en disant que la paix n’est pas un hasard, c’est un choix citoyen. Nous appelons donc à une prise de conscience collective et à une culture de la responsabilité citoyenne par la jeunesse. Une citoyenneté qui s’apprend, se pratique, se transmet. Ainsi, « Manuel d’instruction électorale pour l’élection présidentielle de 2020 en Côte d’Ivoire » et « Jeunesse, citoyenneté et paix pour des élections apaisées en Côte d’Ivoire » sont, je l’espère, une modeste pierre à l’édifice de cette ambition.
Interview réalisée per Nambacéré JoëlÂ
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