6:47 am - 24 février, 2026
Adoua Kouassi, président de l’Académie Ivoirienne des Langues Maternelles (AILM) .
photo Ben Adam

À l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, célébrée chaque 21 février  sous l’égide de l’Organisation des Nations unies (ONU),  Adoua Kouassi, président de l’Académie Ivoirienne des Langues Maternelles (AILM), a animé une conférence de presse à Anyama le vendredi 20 février 2026  ,  appelant à une action plus vigoureuse en faveur des langues nationales en Côte d’Ivoire.

Il a salué les efforts engagés par l’État, notamment la mise en œuvre du Projet École Intégrée (PEI), l’adhésion à l’initiative École et Langues Nationales (ELAN), la création d’un arrêté interministériel sur la pratique des langues nationales ainsi que l’organisation du Symposium des langues nationales en 2022, dont les conclusions restent attendues.

Toutefois, l’AILM estime que ces initiatives demeurent insuffisantes face aux défis structurels liés à l’absence d’une politique linguistique éducative pleinement opérationnelle.

Des conséquences éducatives préoccupantes

Selon l’Académie, le non-enseignement des langues maternelles contribue à un taux élevé de décrochage scolaire, estimé à plus de 40 % selon diverses études citées. L’institution souligne également un déficit de créativité chez les jeunes, privés de leurs repères culturels et de leurs savoirs endogènes. Citant Stendhal, Adoua Kouassi rappelle que « le premier instrument du génie est la langue maternelle ».

L’analphabétisme constitue un autre défi majeur. D’après des données de UNESCO, près de 50 % des adultes seraient en situation d’analphabétisme, un taux atteignant 60 % chez les femmes. L’Académie estime que l’utilisation des langues locales pourrait renforcer l’efficacité des programmes d’alphabétisation.

Parallèlement, elle observe une ruée croissante vers les langues étrangères dans les établissements scolaires, perçues comme des leviers d’employabilité, tandis que l’introduction des langues nationales peine à s’imposer durablement.

Impact socio-culturel et politique

Sur le plan social, l’AILM évoque une perte de repères identitaires chez une partie de la jeunesse, une érosion des valeurs culturelles et une dépendance accrue aux modèles extérieurs, y compris dans les domaines vestimentaire et gastronomique.

Au niveau familial, l’institution note des tensions liées à la marginalisation des savoirs traditionnels et à la faible maîtrise des cultures locales. Elle estime que cette situation peut fragiliser l’harmonie au sein des couples et des familles élargies.

Sur le plan politique, l’Académie déplore que certains responsables locaux éprouvent des difficultés à s’exprimer dans les langues des communautés qu’ils aspirent à diriger, ce qui peut affaiblir la proximité avec les populations et les efforts de cohésion sociale.

Trois recommandations majeures

Face à ces constats, l’AILM formule trois propositions : La mise en place d’un programme national de production de manuels didactiques pour l’enseignement des langues régionales et nationales ;La création de lignes budgétaires spécifiques dédiées à la promotion des langues locales au sein des collectivités territoriales et une  prise en charge coordonnée et résolue de la question linguistique par les ministères et institutions compétents.

Citant l’ancienne Directrice générale de l’UNESCO, Irina Bokova, l’Académie rappelle qu’« aucune éducation performante ne peut se réaliser en dehors de la langue locale des apprenants ». Elle conclut en appelant à un engagement national fondé sur l’enracinement, l’ouverture et l’innovation, reprenant une pensée du philosophe ivoirien Memel-Fotê : « Le développement suppose trois principes : l’enracinement, l’ouverture et l’innovation. »

 

Ben Adam

 

 

 




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