8:09 am - 2 février, 2026
photo DR :Cissé Ibtahim

Ancien espoir du football ivoirien, Cissé Ibrahim, surnommé « le Prophète », a connu la désillusion du championnat local, l’exil périlleux vers l’Europe et l’abandon de son rêve de footballeur professionnel. De cette épreuve est née une nouvelle vocation, la coiffure. Aujourd’hui coiffeur de célébrités et initiateur du Festival de la coiffure et de l’artisanat, il raconte son parcours et lance un message à la jeunesse africaine.

 Votre premier rêve était de devenir footballeur professionnel. Comment est née cette passion pour le football et quel a été votre parcours en Côte d’Ivoire ?

J’ai grandi dans la commune d’Abobo et vous savez tous que dans les quartiers populaires, le sport populaire, c’est le football… Donc, c’est depuis mon adolescence que j’ai suivi les grands frères dans leur passion et, petit à petit, j’ai commencé à jouer les tournois de quartier et à intégrer des centres de formation dans la commune, avant d’intégrer Ivoire Académie à Jacqueville. J’ai aussi joué une saison avec le club ES Bingerville en Ligue 1 ivoirienne.

Après plusieurs années de formation et des expériences en club professionnel, vous avez pris la décision de quitter la Côte d’Ivoire pour l’Europe. Qu’est-ce qui a motivé ce choix difficile ?

Mon départ pour l’Europe fait suite à ma déception du championnat et surtout au fait que, pendant ma formation, on m’avait fait savoir que nous allions jouer en Europe dans le club Charleroi en Belgique, où le président de notre académie était propriétaire.

Le voyage vers l’Europe par la mer est une épreuve extrêmement risquée. Avec le recul, quel regard portez-vous aujourd’hui sur cette expérience ?

Effectivement, le voyage par la mer était très risqué, mais la frustration avait tué ma peur et j’étais prêt à tout pour rejoindre l’Europe et réaliser mon rêve de footballeur.

Aujourd’hui, je réalise que c’était une décision très dangereuse que je déconseillerais aux jeunes.

Une fois arrivé en Europe, vous avez eu de brefs passages dans des clubs. Pourquoi avez-vous finalement décidé d’abandonner le football ?

La réalité sur le terrain était différente et les conditions n’étaient pas réunies pour moi pour faire une bonne carrière.

Après mon passage au club d’Ujpest en Hongrie. Il fallait se battre pour la survie, vu que je devais travailler pour vivre et aider la famille.

La coiffure est devenue votre seconde passion puis votre métier. Comment s’est opérée cette reconversion et qu’est-ce qui vous a attiré dans ce domaine ?

La coiffure, pour moi, était un loisir, vu que depuis mon enfance je savais faire plusieurs petits métiers naturellement, comme la cordonnerie et aussi fabriquer des colliers…

Et un jour, j’ai été sollicité pour remplacer un coiffeur dans un barbershop et, depuis, j’ai découvert une autre passion qui m’a donné envie de continuer.

Aujourd’hui, vous êtes coiffeur professionnel, vous avez coiffé des stars et même l’équipe nationale de football du Burkina Faso. Que représente cette reconnaissance pour vous ?

Aujourd’hui, je me sens chanceux d’être le coiffeur de plusieurs célébrités et mon expérience avec l’équipe nationale du Burkina reste quelque chose de spécial et d’inexplicable. Vivre la CAN au cœur d’une sélection nationale est une belle opportunité et une crédibilité qui confirme mon statut.

Vous êtes également l’initiateur du premier Festival de la coiffure et de l’artisanat. Comment est née cette idée et quels sont les objectifs de cet événement ?

À travers ce festival, je raconte mon parcours aux jeunes afin de les éviter de faire les mêmes erreurs que moi.

J’ai toujours été quelqu’un de sociable et qui aime réunir les gens, alors je me suis dit pourquoi ne pas m’en servir pour être utile à ceux qui en ont besoin.

Selon vous, en quoi l’apprentissage des métiers et de l’artisanat peut-il être une solution durable pour l’autonomisation de la jeunesse ivoirienne ?

L’avenir, pour moi, doit passer obligatoirement par la formation et une grande partie de la jeunesse est dans l’abandon, donc pour leur donner une seconde chance dans la vie. Il faut les encourager à apprendre des métiers afin d’être autonomes et utiles dans la société.

Pour terminer, quel message aimeriez-vous adresser aux jeunes qui rêvent de réussir, mais qui hésitent entre partir à l’aventure ou se former à un métier chez eux ?

Mon message pour la jeunesse est d’arrêter de rêver et de croire que leur bonheur est lié à la vie en Europe. L’Afrique est considérée comme l’avenir et l’avenir doit passer par eux, alors il faut se réveiller et se mettre au travail. J’ai tendance à dire aux jeunes de ne pas rêver dans le rêve. Parce que même en Europe, il faut arriver avec un savoir-faire, sinon c’est aller au suicide.

Interview réalisée par Ly Abdul 

 




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