La multiplication récente des arrestations de jeunes ivoiriens pour des faits liés à l’usage des réseaux sociaux relance le débat national sur la liberté d’expression, la responsabilité individuelle et l’éducation au numérique. Face à cette situation, Mme Amelan Marie‑Thérèse épouse Bayiha, plus connue sous le nom de « la Dame de la Paix », appelle à une approche éducative plutôt que strictement répressive.
Pour elle, ces interpellations doivent être analysées « avec calme et lucidité ». Elles révèlent avant tout un profond décalage entre la liberté d’expression offerte par l’espace numérique et la maturité éducative nécessaire pour l’exercer de manière responsable.
« Les réseaux sociaux sont devenus des espaces publics à part entière, mais beaucoup de jeunes n’ont jamais été formés à l’art de la parole responsable, à la gestion de leurs émotions en ligne, ni à l’impact réel de leurs mots sur la société », observe-t-elle.
Un vide éducatif à l’origine des dérives
Mme Bayiha reconnaît une recrudescence des infractions numériques, tout en relativisant les causes. Selon elle, il ne s’agit pas uniquement de mauvaise volonté, mais d’une hyperconnexion sans accompagnement éducatif, d’une confusion entre visibilité et légitimité, d’une méconnaissance des conséquences juridiques et sociales, et surtout d’un déficit d’éducation à l’influence.
« Aujourd’hui, chaque jeune est potentiellement un média. Mais on ne leur a jamais appris comment utiliser cette influence pour construire plutôt que détruire », souligne-t-elle.
La loi nécessaire, l’éducation indispensable
Si elle reconnaît l’utilité du cadre légal, la Dame de la Paix estime que la loi ne peut, à elle seule, résoudre le problème. « La répression traite les symptômes. L’éducation traite la racine », affirme-t-elle, plaidant pour une meilleure vulgarisation des textes juridiques et une véritable éducation à la responsabilité numérique.
Elle rappelle que la liberté d’expression va de pair avec un devoir de dignité et de respect.
Pour un Internet ivoirien responsable
Pour bâtir un espace numérique apaisé sans criminaliser systématiquement la parole des jeunes, Mme Bayiha préconise l’éducation de la parole : apprendre à maîtriser ses émotions avant de publier, à mesurer l’impact des mots et à transformer frustration ou créativité en influence positive. Elle appelle à la mise en place de programmes d’éducation citoyenne, d’espaces de dialogue et d’une pédagogie de la paix adaptée au numérique.
La réponse de BMT Green Academy
C’est dans cette dynamique que BMT Green Academy a conçu le programme citoyen « La Noblesse du Cœur », fondé sur deux piliers : l’Art de la Paix, axé sur le savoir‑vivre, la maîtrise de soi et l’élégance holistique, et l’Art de l’Impact, destiné à apprendre à utiliser son influence de manière positive.
Déployé dans les écoles, universités, quartiers et structures de jeunesse, ce programme vise à former des citoyens conscients et responsables, y compris dans l’espace numérique.
« La Côte d’Ivoire a besoin de jeunes libres, responsables et dignes. Éduquer la parole, c’est pacifier la société », conclut Mme Bayiha, résumant sa vision par une formule forte :
« La liberté d’expression est un droit. La dignité d’expression est une responsabilité. »
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Propos recueillis par Gérard Batoua
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