Inhumée le jeudi 11 décembre 2025 au cimetière municipal de Koumassi, après la prière mortuaire à la mosquée du Plateau, Maman Hadja Djibo Anatou sera à nouveau l’objet de prières et de bénédiction le dimanche 21 décembre 2025 à Koumassi, au cours de la cérémonie du 7ᵉ jour au complexe sportif Cheick Anzoumana Konaté, quartier Yobou-Lambert (ex-Biafra), Treichville.
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Qui est Hadja Djibo Anatou : un parcours inspirant
Sans diplôme, sans capital initial, mais avec une intelligence aiguë du marché, Hadja Djibo Anatou a bâti, au cœur d’Abidjan, une micro-entreprise prospère et résiliente. Portrait d’une self-made woman dont le parcours force le respect.
Décédée le mercredi 10 décembre 2025, Madame Djibo Anatou laisse l’image d’une entrepreneuse hors pair, issue de l’économie informelle, qui a su transformer le courage, la rigueur et le sens du calcul en véritable modèle économique. Son itinéraire, exemplaire de pragmatisme et de discipline, demeure une leçon pour tous ceux qui pensent que l’entrepreneuriat est un simple refuge faute d’emploi.
Madame Djibo Anatou, entrepreneuse pragmatique
Pour certains, l’entrepreneuriat serait un pis-aller, un refuge pour ceux qui n’ont pas trouvé leur place dans la fonction publique ou le secteur privé. La trajectoire de Madame Djibo Anatou démontre le contraire : on ne devient pas entrepreneur par défaut, mais par capacité.
Née vers 1946, elle s’est imposée par le travail, la constance et une intelligence pratique remarquable. Loin des figures médiatisées de la grande industrie, elle incarne la réussite silencieuse d’une self-made woman dont la stratégie reposait moins sur la chance que sur une lecture fine des mécanismes économiques du secteur informel.
Arrivée à Abidjan depuis Niankologo, quelques années après l’indépendance, elle rejoint un oncle dont elle ignorait l’adresse, un enfant au dos et sans ressources. Elle débute modestement dans la vente de nourriture avec sa tante. Très vite, la qualité de ses mets attire la clientèle, révélant un premier avantage concurrentiel décisif : le savoir-faire.
Mariée en 1972 à Monsieur Ba Oumarou, originaire de Podor au Sénégal, elle perfectionne son art culinaire, notamment dans la préparation du tchep, devenant l’une des références du Plateau. Profondément croyante, elle accomplit le pèlerinage à La Mecque en 1998 et puise dans sa foi une force constante, malgré le décès de son époux en 2022.
Une vie sobre
Son véritable essor entrepreneurial commence dans les années 1980, au bord de la lagune du Plateau. Déguerpie lors de la construction du siège de la CNPS, elle rebondit sans se décourager, louant un restaurant avenue du Commerce, puis ouvrant plusieurs établissements stratégiquement situés, dont le plus célèbre à proximité de l’hôtel Novotel.
Sa méthode était simple et redoutablement efficace : présence permanente, contrôle direct de la caisse, ponctualité rigoureuse et équité commerciale. Première à ouvrir, dernière à fermer, elle calculait mentalement les additions et imposait un principe strict : le même prix pour tous. Cette exactitude bâtissait une confiance rare, réduisant les frictions et fidélisant durablement la clientèle.
Autour d’elle, un capital humain familial dense-enfants, nièces, petites-filles et employées – structurant une entreprise à faibles coûts de coordination et à forte loyauté. Malgré ses succès, elle menait une vie d’une grande sobriété, vivant jusqu’à la fin dans la même maison louée depuis quarante ans, privilégiant l’épargne et l’investissement à l’ostentation.
Une inspiration
Madame Djibo Anatou laisse le portrait d’une entrepreneuse rationnelle sous contrainte, ayant su capter la valeur par l’emplacement, la qualité, la discipline et la réputation. Son parcours prouve que l’esprit d’entreprise peut s’épanouir hors des cadres formels, porté par la ténacité, le sens du calcul et une profonde compréhension des relations humaines.
Que le Tout-Miséricordieux l’accueille dans Son vaste Paradis. À sa famille, à la communauté Samogo et à tous ceux qui l’ont aimée, nous adressons nos sincères condoléances.
Que son âme repose en paix. Amine.
Par Docteur Fofana Moustapha, economiste
fofstapha@yahoo.fr
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