9:31 am - 17 février, 2026
Photo  (DR) : Yaya Fofana, président du MFA 

Yaya Fofana, président du Mouvement des Forces d’Avenir, dresse dans cette interview un état des lieux de l’actualité nationale et présente les solutions de son parti pour un progrès social mieux partagé. Nouvelle configuration de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, premiers pas du gouvernement conduit par Robert Beugré Mambé, relations du MFA avec le RHDP, mais aussi cherté des loyers, remblayage de la lagune et crise du cacao figurent au cœur de ses analyses.

Après les législatives du 27 décembre 2025, remportées largement par le RHDP avec 197 députés, scrutin auquel le MFA n’a présenté aucun candidat, quelle est aujourd’hui l’actualité de votre parti ?

Le MFA a fait un choix clair après les législatives du 27 décembre 2025, celui de ne présenter aucun candidat. Ce choix n’était pas une faiblesse, c’était une décision politique responsable. Nous l’avons prise par respect pour nos militants, par fidélité à nos engagements, et par lucidité sur un environnement électoral où les moyens, les appareils et les rapports de force ne permettent pas toujours un jeu équitable pour un parti en reconstruction stratégique. Aujourd’hui, l’actualité du MFA repose sur trois piliers. D’abord, la réorganisation interne, parce qu’un parti crédible se construit dans la discipline, la méthode et l’enracinement territorial. Ensuite, l’actualisation de notre projet de société 2025 – 2030, parce que la Côte d’Ivoire a besoin d’une vision sociale plus lisible, d’une croissance mieux partagée et d’une paix durablement consolidée. Enfin, notre présence dans le débat public, pour que la voix des familles, des jeunes, des producteurs et des travailleurs ne soit jamais absente des décisions nationales. Le MFA n’est pas dans le bruit. Il est dans la préparation. Et il reviendra au rendez-vous, avec plus de cohérence, plus de force militante et une ligne plus utile au peuple.

Que pensez-vous de la nouvelle configuration de l’Assemblée nationale et quelles attentes nourrissez-vous vis-à-vis de cette institution ?

La nouvelle Assemblée nationale reflète un rapport de force politique net. Une majorité large peut être une chance si elle accélère les réformes attendues. Mais elle devient un risque si elle affaiblit le débat démocratique, le contrôle de l’action publique et l’écoute des signaux sociaux. Notre attente est simple, que le Parlement reste le lieu où la Nation se parle. Les députés doivent soutenir ce qui soulage les populations, mais ils doivent aussi interpeller, exiger des comptes, et donner de la voix sur ce qui pèse sur le peuple, la vie chère, l’emploi des jeunes, le foncier, l’endettement, la qualité des services sociaux, la gouvernance des ressources. Avec une majorité aussi large, le défi n’est pas de voter des textes, c’est de produire des résultats visibles, et de garder un lien direct avec le pays réel, celui des ménages et des territoires.

Près d’un mois après la mise en place du gouvernement Mambé II, quel regard portez-vous sur son action ?

Le gouvernement Mambé II s’inscrit dans la continuité. La continuité a une vertu, elle rassure et stabilise. Mais elle a une obligation, elle doit délivrer. Les Ivoiriens n’évaluent plus l’action publique à travers les annonces, ils l’évaluent à travers leur panier du marché, leur loyer, leur capacité à soigner leurs enfants, à trouver un emploi, à vivre décemment. C’est sur ces indicateurs réels que ce gouvernement sera attendu. Je le dis avec responsabilité, la stabilité ne doit pas être une routine. Elle doit devenir une force d’impact social. Et c’est maintenant que cela se joue.

Où en sont aujourd’hui vos rapports politiques avec le RHDP ?

Nous sommes dans une logique de responsabilité. Le MFA demeure membre à part entière du RHDP. Mais l’unité ne signifie pas l’effacement, et la coalition ne signifie pas la marginalisation. Le MFA a contribué à bâtir cette maison politique. Nous avons fait des choix de loyauté, y compris en décidant de ne pas présenter de candidats aux législatives, afin de ne pas affaiblir la base du RHDP. Ce geste politique doit être compris à sa juste valeur. Aujourd’hui, nous voulons une relation plus claire, plus respectueuse, et plus utile au peuple. Nous demandons un audit organisationnel au sein de la coalition, pour renforcer la cohésion, la transparence et la reconnaissance réelle de chaque composante. Notre engagement reste loyal, mais notre dignité politique et la voix de nos militants doivent compter.

L’actualité est dominée par la cherté des loyers, le remblayage de la lagune et les difficultés de commercialisation du cacao. Quelle lecture le MFA fait-il de ces situations ?

Ces trois sujets disent la même chose, le pays avance, mais trop de familles ont du mal à respirer. Sur les loyers, nous faisons face à une pression sociale forte. Beaucoup de ménages consacrent une part excessive de leurs revenus au logement. Cela fragilise la famille, accroît les tensions, et pousse parfois à l’exclusion urbaine. Sur la lagune, la question est celle de l’intérêt général. On ne construit pas une ville moderne en détruisant ses équilibres naturels. La lagune est un patrimoine écologique, une protection climatique, une richesse collective. Sur le cacao, l’enjeu est moral et économique. La Côte d’Ivoire peut être première au monde, mais si le planteur reste pauvre, alors la réussite est incomplète. Il faut replacer le producteur au centre.

Ces problèmes traduisent-ils, selon vous, des limites dans la gouvernance du président Alassane Ouattara ?

Il faut être juste. La gouvernance du président Ouattara a apporté de la stabilité et des infrastructures. Personne de sérieux ne peut le nier. Mais une Nation n’est pas jugée seulement à ses ponts et à ses routes. Elle est jugée à la dignité de ses familles. Les difficultés actuelles montrent les limites d’un modèle parfois trop centré sur les agrégats macroéconomiques et pas assez sur la justice sociale, la régulation, l’équité territoriale, la protection de l’environnement et le revenu rural. Ce n’est pas une attaque. C’est un appel à une nouvelle étape. Après le temps de la stabilité, vient le temps du progrès partagé.

Quelles solutions concrètes propose le MFA ?

Nous proposons des mesures simples, concrètes et applicables. Sur le logement et la vie chère, encadrer réellement les loyers dans les zones tendues, lutter contre la spéculation, et accélérer des programmes de logements accessibles aux revenus réels. Sur l’environnement, suspendre les remblayages sensibles, renforcer les études d’impact, et imposer un urbanisme respectueux des équilibres naturels. Sur le cacao, mieux répartir la valeur, sécuriser un revenu décent au producteur, investir dans la transformation locale et protéger le monde rural. Notre cap est clair, passer d’une Côte d’Ivoire des chiffres à une Côte d’Ivoire des vies améliorées. Une Côte d’Ivoire où la prospérité se voit, se vit et se partage.

Réalisée par brahim Khalil 

 

 

 




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