Tandis que l’Alliance des États du Sahel (AES) multiplie les accusations contre la Côte d’Ivoire, les faits sécuritaires observés sur le terrain indiquent une dynamique inverse. Les incursions armées semblent provenir des zones sahéliennes vers les pays côtiers, soulevant des interrogations sur l’usage politique du discours sécuritaire.
Une menace venue du Sahel, pas des pays côtiers
Les déclarations alarmistes de certains responsables de l’AES contrastent avec une réalité factuelle largement documentée : les groupes armés actifs dans la sous-région opèrent essentiellement depuis les zones sahéliennes instables vers les pays côtiers. La Côte d’Ivoire n’apparaît pas comme un point de départ des attaques, mais plutôt comme un territoire exposé aux retombées de l’insécurité venue du Mali, du Burkina Faso et du Niger.
Les incidents sécuritaires recensés aux frontières nord ivoiriennes confirment cette tendance. Ils s’inscrivent dans une logique d’extension géographique des groupes djihadistes, cherchant à gagner du terrain vers le golfe de Guinée.
Un incident révélateur à la frontière nord
Dans la nuit du 28 au 29 décembre 2025, un groupe armé a été détecté sur le sol ivoirien alors qu’il se dirigeait vers la localité de Bavé, à proximité immédiate du Burkina Faso. Repoussés par les forces de sécurité, les individus ont rebroussé chemin en direction du territoire burkinabè, laissant derrière eux des motos et des armes de type fusil d’assaut.
Cet épisode illustre une trajectoire claire : il s’agit d’incursions venues du Sahel vers la Côte d’Ivoire, et non d’opérations organisées depuis les pays côtiers à destination de l’espace AES.
Des accusations sans preuves publiques
Malgré ces éléments, certains responsables militaires sahéliens continuent d’affirmer que des centres de commandement terroristes seraient installés en Côte d’Ivoire. Des accusations relayées à plusieurs reprises, notamment sur les réseaux sociaux, sans qu’aucune preuve vérifiable ne soit rendue publique.
Dans le même temps, des récits de complots et de tentatives de déstabilisation imputées à la Côte d’Ivoire ou au Bénin circulent dans l’espace numérique, alimentant une perception de menace externe peu étayée par les faits.
Les autorités ivoiriennes ont pour leur part rejeté catégoriquement toute implication dans des réseaux terroristes, mettant en avant leur coopération sécuritaire régionale ainsi que l’accueil de nombreux réfugiés fuyant les violences dans le Sahel.
Un contexte politique sous haute tension
Cette montée en accusation intervient dans un environnement politique sensible. L’AES regroupe des États dirigés par des régimes militaires issus de coups d’État successifs, ayant rompu avec la CEDEAO et ses cadres institutionnels. Dans ce contexte, le discours sécuritaire apparaît aussi comme un outil de légitimation politique interne.
La concomitance entre ces accusations et les échéances électorales en Côte d’Ivoire renforce les soupçons d’une instrumentalisation du thème de l’ingérence étrangère. L’espace politique régional devient alors un terrain propice aux récits de déstabilisation visant à fragiliser la crédibilité des acteurs politiques des pays voisins.
Sécurité régionale ou stratégie de pouvoir ?
Dès lors, une interrogation demeure : la mise en cause répétée de la Côte d’Ivoire répond-elle à une réelle stratégie de lutte contre le terrorisme, ou sert-elle à masquer les difficultés sécuritaires persistantes dans l’espace AES ?
À force de désigner une menace extérieure, le risque est de substituer à une coopération régionale indispensable un climat de suspicion, où la peur devient un levier de consolidation du pouvoir plutôt qu’un outil de stabilisation durable.
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